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Et si le son n’était pas un simple moyen de communiquer ou de se divertir, mais l’une des forces qui façonnent le vivant et le cosmos ? Dans Les notes divines, la journaliste scientifique Lynne McTaggart, autrice du Champ de la cohérence universelle et de La Science de l’intention, rassemble des décennies de recherches pour défendre cette thèse audacieuse.
Tout commence en 2009, devant un documentaire. Le paléobiologiste de Cambridge Simon Conway Morris y observe que les oiseaux et les baleines produisent une musique étonnamment proche de la nôtre, faite d’harmonie, de rythme et de gammes. Si les mêmes sonorités se retrouvent partout, avance-t-il, c’est peut-être que cette musique est « préexistante » : non pas un produit de l’évolution, mais une propriété du vivant lui-même. L’idée va habiter Lynne McTaggart pendant quinze ans. Son enquête, menée auprès d’ingénieurs, de physiciens, de biologistes et d’astrophysiciens, aboutit à une conclusion qu’elle formule sans détour : le son détient « le pouvoir absolu : celui d’engendrer le monde ».
Premier indice : l’architecture sacrée des Anciens. Dans une kiva anasazie du Nouveau-Mexique, Robert Jahn, ancien doyen de la faculté d’ingénierie de Princeton, remarque que certaines notes y sont amplifiées de façon spectaculaire. Avec ses collègues, il mesure ensuite des monuments néolithiques de Grande-Bretagne et d’Irlande : malgré des formes très différentes, presque tous entrent en résonance autour de 110 Hz. À l’UCLA, le psychiatre Ian Cook fait écouter plusieurs fréquences à des volontaires. Seule celle de 110 Hz modifie leur activité cérébrale, « presque comme si on avait actionné un interrupteur ».
À Malte, l’hypogée de Hal Saflieni, creusé dans le roc il y a plus de cinq mille ans, résonne lui aussi avec force, autour de 114 Hz. Dans la chambre du roi de la grande pyramide, l’acousticien John Stuart Reid fait vibrer le sarcophage de granit à 117 Hz, au point d’entendre battre un cœur… et voit disparaître une douleur lombaire qui le tenaillait depuis des semaines. Pour l’autrice, ces peuples savaient que certaines fréquences ouvrent la conscience à des états mystiques. Elle appelle « notes divines » ces sons capables d’éveiller un frisson de transcendance, même chez l’athée le plus convaincu.
Le son ne s’arrête pas à l’oreille. Reid expose des échantillons de sang à différentes musiques. Les globules rouges réagissent nettement : certaines fréquences leur sont favorables, alors qu’un volume supérieur à 85 décibels, celui d’un sèche-cheveux par exemple, les endommage. Au MIT, l’ingénieur Markus Buehler traduit en notes les vibrations des acides aminés et découvre que les protéines, briques du vivant, obéissent à une véritable logique musicale.
Ces découvertes éclairent le travail des pionniers de la sonothérapie. Le psychologue John Beaulieu, qui entend son propre système nerveux « crisser » après une dispute, conçoit des diapasons accordés en quintes justes pour le réaccorder. Le Dr Jeffrey Thompson constate, lui, que chaque patient a ses propres notes curatives. Pour Lynne McTaggart, le corps est un orchestre : il peut se désaccorder, et il peut aussi se réaccorder.
La partition a aussi ses fausses notes. Les infrasons, trop graves pour être entendus, qu’émettent les grondements sismiques ou des installations comme les éoliennes, peuvent provoquer nausées, fatigue, angoisse et troubles du sommeil. Selon les travaux rapportés dans le livre, une fréquence de 18 Hz suffirait à installer une insomnie durable. La leçon est simple : nous sommes en permanence en résonance avec notre environnement, pour le meilleur comme pour le pire.
Cette musique relie aussi les êtres entre eux. Nos conversations suivent un rythme partagé : gestes, mouvements de tête et clignements d’yeux se synchronisent sur la voix de l’interlocuteur. Chez les bébés prématurés, entendre la voix de leur mère accélère le développement des zones cérébrales du langage.
Le monde animal est tout aussi musical. Les baleines composent des chants qui partagent avec les nôtres l’harmonie, le rythme et les gammes. Quant aux plantes, elles écoutent et émettent des sons. La chercheuse Monica Gagliano les entend presque « soupirer » lorsque l’eau leur parvient. En leur diffusant des fréquences choisies, souvent proches du chant des oiseaux, Reda Hassanien augmente d’environ un tiers le rendement du poivron, du concombre ou de la tomate.
L’enquête mène enfin jusqu’aux étoiles. Le trou noir de l’amas de Persée émet un si bémol situé cinquante-sept octaves sous le do central, la note la plus grave jamais enregistrée. Pour des astrophysiciens comme Andrew Fabian, le son aurait contribué à la formation des galaxies : au commencement, avant même la lumière, il y aurait eu une vibration.
Pythagore et Kepler parlaient d’une « musique des sphères ». La neuroscientifique Selen Atasoy montre qu’une même équation décrit les notes d’une guitare, les orbites des atomes et les grands motifs de l’activité cérébrale. Du cerveau aux planètes, les mêmes harmoniques reviennent partout : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Au terme de cette enquête, une vision se dessine. L’univers n’est ni une somme de hasards ni une lutte du plus fort, mais une immense symphonie, un « superorganisme » dont chacun de nous est une note. À l’heure de l’individualisme et de la compétition, cette science de l’unité redonne espoir : rien ne joue seul, tout s’accorde. Elle expliquerait aussi pourquoi la musique nous bouleverse tant : ce frisson serait la reconnaissance intime de l’ordre profond de la nature.
Fidèle à une approche concrète, Lynne McTaggart termine son livre par un mode d’emploi des notes divines : celles qui aident à s’apaiser ou à mieux dormir, à soulager le dos ou à faire pousser les plantes, et celles qu’il vaut mieux éviter. Un livre qui invite à tendre l’oreille, au monde comme à soi-même.
Les notes divines. Comment le son façonne la réalité, Lynne McTaggart, parution le 8 novembre 2026.