Eckhart Tolle

Eckhart Tolle naît en Allemagne où il passe les treize premières années de sa vie. Après l’obtention de son diplôme de l’Université de Londres, il décroche un poste de chercheur et de superviseur à l’Université de Cambridge. C’est à l’âge de vingt-neuf ans qu’une profonde métamorphose spirituelle transforme totalement son identité et bouleverse sa vie. Il consacre les quelques années qui suivent à la compréhension, l’intégration et l’approfondissement de cette transformation qui marque le début d’un intense voyage intérieur. Depuis dix ans, il est conseiller et professeur spirituel. Il travaille en privé ou avec de petits groupes, en Europe et en Amérique du Nord. Il habite au Canada depuis 1996, plus précisément à Vancouver en Colombie-Britannique.

« Dans l’introduction de mon livre, je raconte brièvement ces nombreuses années où j’ai vécu dans la peur, oscillant constamment entre la dépression et l’anxiété. C’était devenu insupportable. Il m’arrivait fréquemment de me réveiller en pleine nuit, terrifié. Une nuit, ce fut encore pire qu’à l’habitude. Dans mon esprit, j’avais plusieurs raisons de me sentir angoissé; cependant, peu importaient les circonstances extérieures, j’avais toujours aussi peur. La situation devint tellement intolérable que je réalisai soudainement que « je ne pouvais plus vivre avec moi-même ».

Cette pensée fut l’élément déclencheur de la métamorphose qui allait suivre. Elle me revenait toujours en tête jusqu’au moment où je pris du recul et me mis à l’analyser : « Qui est Je et qui est ce Moi que je ne supporte plus? »

Dans la philosophie Zen il y a les koans et c’est comme si un koan était spontanément apparu dans mon esprit. Le rôle du koan est de détruire la pensée conceptuelle parce qu’il n’y a pas de réponse à ce niveau. Je me suis donc demandé : « Qui est cet être avec qui je ne peux plus vivre ? Est-il seul ? Sont-ils deux ? Si je ne peux pas vivre avec Moi, qui est ce Moi ? » Ensuite, au-delà de la pensée, j’ai pris conscience que ce « Moi malheureux », comme je l’ai nommé plus tard, n’avait en fait aucune substance et qu’il n’était que fiction. Puis ma conscience cessa complètement de s’identifier à ce « Moi malheureux ». C’est à ce moment que se sont effondrés ce « moi malheureux » et la douleur qui l’accompagne; j’avais complètement cessé de m’y identifier. Il ne me restait que la seule présence de l’être. Je connus un instant de peur, comme si j’étais aspiré dans un gouffre intérieur, un grand tourbillon, et je réalisai enfin qu’il ne fallait pas résister. Là était la clé. J’ai donc abandonné toute résistance et je ne me souviens plus de ce qui est arrivé après.

Tout ce que je sais, c’est que le matin suivant, avant même d’ouvrir les yeux, j’entendis le chant des oiseaux, que ce son était extrêmement doux et que tout était extrêmement précieux. J’ai ouvert les yeux et tout était si vivant, si nouveau et si frais, c’était comme tout découvrir pour la première fois. Je me suis promené, j’ai ramassé des objets et je les ai observés. Tout me fascinait sans que je sache pourquoi. Je n’essayais même pas de comprendre. Tout était magnifique. Je me suis ensuite baladé en ville, toujours dans le même état d’esprit, même en pleine circulation. J’étais fasciné et tout était si magnifique.» Tiré de « The Awakening West »